Formée au siècle dernier par deux psychopathes aguerris, Docteur Living Stone est une entité sidérale à géométrie variable.
Bluesant, poppant et rockant à tout vents,
suivant son humeur et son état.
Après avoir écumé les bars de la région Perpignanaise et flingué moult bassistes qui passèrent brièvement et furent ensuite rendus à l’infini du cosmos, Guillain, guitariste de son état et chanteur quand le temps le permet accompagné de Juan, batteur impavide, qui, tel Samson écartant les colonnes du temple, écrase sur ses peaux criant grâce le plus barbare des rythmes endiablés, décidèrent, par un beau matin de mars 2009, de concrétiser un rêve longtemps caressé mais toujours repoussé aux calendes : Faire un disque ! Un C.D ! Un Skeud !
Bon sang, mais c’est bien sûr ! Mes agneaux, à notre époque où tout se pirate, se télécharge, ces couillons allait faire un album comme avant ! comme… Tu sais.. Quand t’étais môme et que tu sortais de chez le disquaire une galette de vinyle noire à la main avec l’impression de tenir le saint Graal …
On allait pas faire de bonus, d’extended version ; juste un truc varié tendance Baudelaire sous brocolis qui durerait dans les 43 minutes.
Et puis, on ferait un livret sympa avec plein de pages et de dessins et de photos. Direct du cerveau au computer.
En pleine crise du disque ?!! Rien à foutre !
Après avoir répété pendant bien deux année au fond d’une grotte maléfique encensée de vampires et d’araignées, les deux loosers allèrent toquer à la porte du studio de la fourmi Record It
- Que faisiez-vous aux temps chauds, leur dit-elle.
- Nous chantions, bastonnions nos instruments et nous plantions, ne vous déplaise !
- Fort bien, alors entrez-donc !
Après avoir enregistré les batteries, (le batteur se nourrissait au sang séché entre deux prises)
Le guitariste fit tinter ses amulettes, invoquant à même la moquette du studio les esprits du Voodoo, sensés lui donner la force de mener sa mission à bien. Un bûcher ardent fut érigé devant la console de mixage et la foule, en transe, psalmodia le nom du très haut tandis que le chaman se grattait le cul et sortait des serpents de sa bouche. Dehors, la lune gibbeuse frissonnait. L’on toqua à la porte... A peine secoué par le trajet interstellaire, encore couvert de souffre, le jeune Bertrand fit une apparition remarquée dans le cénacle et décida, d’un coup de baguette, d’imprimer la griffe de sa basse sur les méandres stupéfaits de nos errances musicales. Grâce en soit rendue à Matthieu, sorcier du lieu, qui sut nous orienter vers le bon chemin.
« Courage, Dark Vador, tu n’en es qu’à ta cinquantième prise de son. La prochaine sera la bonne… ou la mort ! Entités démoniaques, faites que je réussisse à faire sonner convenablement ce putain de Fa dièse! »
Puis, ayant sculpté sur disque dur les visions étranges volées aux ténèbres et bouffé des pizzas froides du printemps à l’automne, le désormais trio appelé Docteur Living Stone prit son envol dans un grand bruit de bandages herniaires et de carburateurs flingués et partit, loin. Allant porter la bonne parole partout où sur cette terre de misère le succube solitaire ressent le besoin pressant de diluer son âme dans une sainte mixture de décibels.
Amen.